Quelques poèmes et textes sur ma vie de tous les jours. Décrire les petites choses qui paraissent sans importance et qui nous font battre le coeur
TRICHERIE
Souvent en se penchant sur notre passé nous faisons le bilan de notre vie, ce qui arrive vers la cinquantaine, soit par regrets, soit pour essayer de s’améliorer, soit pour pouvoir se dire je vais encore plaire, soit pour se plaire. Nous devons passer par ce stade, mieux vaut tard que jamais. Il est vrai que pour faire son objection de conscience l’écriture parait plus facile. Peut être est elle lâcheté de notre part, mais elle nous permet la recherche et la relâche de nos mots afin de ne rien oublier, pour tout dire, pour tout se dire. Ces mots pour vous je les tournerais toujours avec élégance. Si un jour mes thèmes vous lassent ou vous gênent, dites le moi je le comprendrais. Raconter de belles histoires à ses amies c’est très joli et facile. Se juger devant ses amies ceci est plus délicat et souvent pénible. Pourtant quelque chose reste ancré dans mon moi intérieur, comme un poids douloureux et très discret. Comme tu es la première amie à qui je fais confiance, alors je vais te confier une histoire qui parait à mes yeux d’une grande importance lorsque l’on veut avoir confiance en un ami.
Quelques années auparavant un homme peignait quelques salissures. Cela l’aidait à relever un peu la tête et surtout à ne pas sombrer définitivement dans son abysse. Après sa remontée des enfers il décida de présenter son passe temps dans une exposition du coin. Faisant la connaissance de gens d’un certain rang, il fut accepté dans ce groupe afin de pouvoir exposer. Ayant une profession de manœuvre à l’époque, il lui semblait bien difficile de côtoyer ce genre de personnalités se sentant subalterne par rapport aux autres, tant au point de vue prestance qu’au point de vue talent. Tenant la permanence du week-end les visites se faisant rares en sa faveur, seul il passa son temps à contempler les tableaux accrochés aux panneaux, ne comprenant pas très bien le succès exagéré de certaines œuvres qui ne convenait pas du tout à ses goûts. Un enfant de la maternelle en aurait fait autant pour certains. A chacun ces goûts, ces couleurs. Pourtant ces peintres étaient cotés dans la région et les œuvres comptaient plus pour leurs signatures.
Ayant passé tant de temps à peindre ce qu’il exposa, il ne puit admettre que les visiteurs se désintéressent totalement de son médiocre labeur. Ne voulant pas passer pour l’imbécile du vulgaire débutant et voir son travail ignoré terminer aux oubliettes, instinctivement sans réfléchir aux conséquences que cela engendrait une idée rongea tellement son esprit qu’il se sentit mal à l’aise. L’idée ne le quittait pas de la journée, il y résistait tant bien que mal, mais une voix intérieure sournoise insistait encore et encore, le poussait, le tarabustait à falsifier les bulletins en sa faveur, bulletins à mettre frauduleusement dans l’urne bien entendu, afin de brouiller le résultat du concours des meilleurs peintres du coin. Accomplissant son larcin fastidieux tout au long de la journée en changeant sans cesse son écriture, écrivant en attaché, en scripte, en majuscules, en minuscules, en déformant les lettres, en changeant la couleur de l’encre. Le but de l’opération lui paraissait importante ce jour là. Qui verrait ? Un manœuvre gagnant le concours ou terminant dans les premiers du lot cela ne se serait jamais vu à l’époque. Quelle classe ! Quel résultat ! Quelle revanche sur lui-même, sur les autres ! Découvrant soi-disant une forfaiture le résultat du concours fut annulé. Cet homme personne ne l’a jamais contacté, par hasard il a connu la décision des organisateurs que quelques temps plus tard. C’est vrai cet homme avait triché et n’en a jamais parlé. De tricher devenait une habitude quotidienne dans ses saouleries, dans ses déboires du week-end. Sa vie se déroulait ainsi trichant avec lui-même.
Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas. Avec son beau frère ils décidèrent de montrer aux autres l’exemple, se sentant touts gonflés à toutes épreuves au tout début de l’évolution de la guérison de leur maladie. Prenant rapidement de l’assurance ils se sentirent mieux que tous capables de déplacer des montagnes. Sans aucun entraînement, intoxiqués par le tabac, tous deux décidèrent de participer à un semi marathon. Pour la première fois depuis des années ils s’engagèrent dans une drôle d’aventure.
A peine lancée, la course folle s’étira en un long cortège multicolore serpentant dans les rues de la ville envahies de curieux. Prisonniers dans le flot de cette marée humaine, ils se sentirent aspirés avec l’impossibilité de s’échapper tellement les corps chauds se serraient bougeant des épaules et des jambes. Quelques kilomètres plus loin, à la sortie de la ville, déjà le peloton s’effilochait, se parsemait. Les premiers apparaissaient déjà dans la montée du bourg d’à coté. Nos héros restés en arrière, asphyxiés, se sentirent distancés faisant presque du sur place, ils n’arrivèrent plus à suivre correctement cette cadence volontaire, éprouvante et infernale. Déjà les poumons en feu crachèrent les abus de tabac, leur passé tumultueux, le non entraînement. La distance se fit sentir dans leurs jambes devenues lourdes, pesantes, blessées lors des montées.
L’un deux ne pouvant plus activer ses jambes s’arrêta disant au copain de continuer. Poursuivant la course en solitaire pour essayer de grignoter quelques places, ce dernier s’accroche au petit groupe qui le dépasse. Les coureurs discutent avec lui, le mettent à l’aise, pourtant sa venue leurs était inconnue dans ce semi marathon. Ces paroles le réconfortent et pour un moment lui font oublier sa souffrance. Ces hommes, ces femmes plus en forme souffraient autant que lui.
Sur le parcours les badauds l’encourageaient de la
voix et agréablement lui souriaient lors de son passage, il ne comprenait plus le monde changeait. Alors il accélérait sa cadence pour rattraper une jeune femme retardataire lâchée par le petit
peloton. Il se glissait à ses cotés et courraient à présent ensemble. Dans la plus grande descente du parcours pensant que celle- ci leurs
apporterait un peu de réconfort ils furent vite déçus. Le contraire se produisit, leurs mollets aussi durs que de la pierre faisaient encore plus mal. Ils murmuraient sans
cesse :
- qu’est ce que je
fais dans cette galère? Pourquoi me suis-je inscrit ? Pourtant il ne nous a pas fallu longtemps pour nous engager dans cette aventure !
Sur le dernier tronçon la belle inconnue ne pouvant plus respirer se mit à marcher, pour ne pas la laisser seule il en fit autant pour soulager ses poumons, pour récupérer. Ventilés, se sentant mieux dans leurs corps ils repartirent tant bien que mal. La vue de l’arrivée proche leurs donna des ailes, à l intérieur de leurs cuisses la chair à vif les brûlait. La fatigue étant à son apogée, les derniers kilomètres paraissent une éternité. Lui pensait abandonner, la femme aussi se remit à marcher. Pensant à ceux qui l’attendaient pour le féliciter il fit un dernier effort, encourageant la femme à le suivre. Le visage défiguré de fatigue, grimaçant, en couple ils traversèrent la ville longeant un long couloir bordé d’une haie d’honneur réalisée par la présence des spectateurs qui applaudirent à leur passage. Fiers d’eux, sous les acclamations ils tirèrent très fort sur leurs bras engourdis afin de libérer devant ce monde encourageant et bien sympathique leur dernière énergie. Mais place à la féminité et à l’élégance, l’homme laissa la jeune femme passer devant. Affalée contre la barrière de sécurité celle-ci se retournait vers lui, lui tapait gentiment sur son épaule, embrassa délicatement sa joue et d’un beau sourire lui dit : - il fallait y croire, sans ton aide j’abandonnais, merci !
De cette course il n’était pas arrivé le premier, il n’était pas arrivé le dernier mais pour une fois il n’avait pas triché. Enfermée dans son poing, serrée contre lui, se tenait sa médaille. Oh ! Pas d’une grande valeur me direz vous, mais elle représentait pour lui tout l’or, toutes les richesses du monde. Pour une fois il se sentait homme, un homme accepté dans la société, pour une fois il devenait quelqu’un.
Depuis quelques années il ne court plus. Quand à ses tableaux, ses ardoises peintes il les donnait lors des kermesses. Actuellement il les offre à ceux qu’il aime et sa plus belle récompense c’est d’apercevoir le brillant de leurs yeux et le o formé par l’expression de leurs bouches. Aujourd’hui parmi les autres il se sent à sa place, n’étant pas le plus petit, n’étant pas le plus grand, mais il se sent bien parmi ceux qui l’acceptent comme il est. Il a compris que pour gagner il faut toujours être honnête envers les autres mais surtout envers soi même.
Comme tu le constates librement il te l’a avoué. A l’avenir en sa présence inutile de cacher tes yeux, c’est à lui de baisser les siens. A présent ses amies peuvent avoir confiance en son honnêteté, il a compris la leçon. Auprès de vous il ne trichera pas car il sait que pour ses amies il est le meilleur, il est le plus beau, il est le plus sincère et depuis ce semi marathon il a les plus beaux mollets. Ne faisant plus de concours stupides il sait que dans votre cœur d’amie il n’est pas le dernier mais bien le premier. Pour une fois il a gagné.
Si ses tableaux ne valent pas un poster, son nom n’étant pas connu, de cette histoire, pour lui laissez moi au moins signer de mon prénom :
JOEL.